"Des hommes et des dieux" de Xavier Beauvois
Au mois de mai 1996, sept moines français vivant au monastère de Tibhirine en Algérie sont assassinés. J’ai conservé peu de souvenirs de cette tragédie que j’avais d’ailleurs presque oubliée. Le premier mérite du film est de nous restituer la mémoire de ces hommes. Ils sont devant nos yeux, bien vivants, percevant le drame qui se profile sans pouvoir l’empêcher. Ces moines ne sont pas des héros. Ce sont juste des êtres humains avec leurs peurs, leurs doutes et leur désir de vivre. Ce sont des anti-héros mais ils font preuve de courage, le vrai, c’est-à-dire celui qui consiste à surmonter leur peur, à rester fidèle à leur idéal pacifique malgré les crimes dont ils sont les témoins et à refuser le refuge de la haine. Cette loyauté n’allait pas de soi. Certains éprouvaient le désir de fuir et leur réflexion tant personnelle que collective fut laborieuse. C’est peut-être une femme du village qui va les retenir avec sa parabole du petit oiseau sur la branche d’arbre. Il faut dire que ces hommes étaient proches de la population. Quelle magnifique scène que celle du moine médecin expliquant avec douceur et simplicité à une jeune algérienne les premiers émois de l’amour. Ce film intimiste rend justice à ces hommes de bien et incite à la réflexion. Confrontés à la quête frénétique du pouvoir, à l’intolérance et à la violence, ces hommes persistent à prôner la paix, l’amour de son prochain, l’œcuménisme et la fraternité. Xavier Beauvois signe là un film époustouflant et (malheureusement) d’actualité.