De l'incohérence de mes contemporains
La température dépasse les vingt cinq degrés. A son zénith, le soleil écrase la ville sous un étau de chaleur. Le vent brûlant dessèche le visage des passants. Pourtant, malgré cette atmosphère torride, j'ai attrapé un coup de froid. La faute à une climatisation imbécile dont usent et abusent mes collègues. J'ai parfois l'impression que mes concitoyens marchent sur la tête. Incapables d'assumer l'alternance des saisons, ils voudraient vivre toute l'année de la même manière, comme si la terre était une bulle protectrice sous laquelle la météo serait immuable et la température constante. Loin de la sagesse des anciens qui savaient s'adapter au rythme des saisons, nos contemporains cherchent à dominer la nature en la poliçant. Cette aspiration engendre des comportements aberrants qui prêteraient à sourire s'ils n'avaient des conséquences dramatiques. Il est devenu commun de chauffer les terrasses extérieures l'hiver et de rafraichir à l'excès les intérieurs l'été. J'attends le jour où quelqu'un proposera de chauffer l'océan pour le transformer en piscine géante. J'ai conscience de la ringardise de mes propos et j'assume totalement mon passéisme militant. J'accepte les aléas météorologiques dans toute leur diversité à partir du moment où ils sont conformes à la saison en cours. Je revendique l'adaptation ancestrale aux conditions naturelles plutôt que leur domination crétine par une population en quête de toujours plus de confort. Je m'insurge contre l'embourgeoisement ambiant qui uniformise les comportements et anesthésie les esprits. Alors, même si elle me fait souffrir, j'accepte la chaleur estivale, je l'adopte, la revendique, la réclame et la requiert.