Noces éphémères de Reza Serkanian

Publié le par Yves LEMESLE

Noces-ephemeres.jpgUne fête donnée dans une famille iranienne à l’occasion de la cérémonie de la circoncision des deux enfants est endeuillée par la mort du patriarche. Les obsèques sont l’occasion pour le neveu Kazem de se rapprocher de sa belle sœur Maryam. Entre documentaire et fiction, cette œuvre nous fait partager le quotidien d’une famille iranienne au sein de laquelle les rituels ont une place prépondérante. D'un point de vue esthétique, c'est un film agréable à voir. Les images sont belles, l'actrice principale est ravissante et sensuelle, c'est plein de douceur. Je pense qu'il y a plusieurs façon de voir cette oeuvre mais pour ma part, je suis resté sur ma faim. Le film ne fait qu’effleurer les sujets qu’il traite : la sexualité sous le régime des Mollahs, la place de la femme dans la société iranienne, l’oppression des gardiens de la révolution, les noces éphémères, l’opposition politique, l'exil … A aucun moment le réalisateur ne prend parti. Ainsi, lorsqu’il aborde la condition féminine, il fait dire à la mère de l’héroïne, présentée comme « féministe » que l’islam a permis l’émancipation des femmes. A contrario il filme une scène où une jeune fille est arrêtée pour avoir discuté dans la rue avec un inconnu. Et que dire des noces éphémères, cette institution inconnue semble-t-il hors d’Iran, qui transforme la femme en objet sexuel entre les mains d’un époux provisoire qui n’aura pas à assumer les conséquences éventuelles de cette union. Je ne sais pas si c’est parce que le tournage s’est déroulé en Iran avec l’aval des autorités, mais le réalisateur se refuse à attaquer le régime, se contentant de présenter les différents points de vue avec toute l’objectivité requise. J’aurais préféré que son propos soit plus critique tant la république islamique ne mérite aucune concession. D’ailleurs, Mahnza Mohammadi, la comédienne principale a été interdite de sortie du territoire avant d’être arrêtée en juin 2011. Depuis sa geôle elle a pu faire passer ce message : « Je suis une femme, je suis une cinéaste, deux raisons d’être coupable dans ce pays ». Dommage que le film ne rende pas compte de cette réalité là.

Publicité

Publié dans Cinéma

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article