Le décès d'un frère

Publié le par Yves LEMESLE

Le 12 décembre 2003, mon frère est décédé. Il avait 46 ans, l'âge que j'ai atteint depuis quelques jours. Cette coïncidence me fait repenser à lui un petit plus qu'à l'accoutumée et ce d'autant plus que mes dernières lectures traitent justement de la mort d'un frère. Il y a tout d'abord la pièce de Jean-Luc LAGARCE : "Juste la fin du monde". Ce très joli texte m'a beaucoup surpris car il raconte pratiquement l'histoire de mon frère. Dans une famille de trois enfants (deux garçons et une fille), l'ainé quitte les siens et ne leur donne quasiment plus de nouvelles pendant des années. Suzanne, la petite sœur qui était très jeune au moment de la disparition n'a pratiquement pas connu son frère. Celui-ci décide de renouer avec les siens après avoir appris qu'il était condamné par une maladie incurable. C'est à peu de chose près ce que j'ai vécu avec F… puisqu'il a quitté la maison alors que je n'avais que onze ou douze ans et que je ne l'ai revu qu'une dizaine d'années plus tard. J'étais très ému en lisant cette pièce poignante.

L'autre livre s'intitule "Mon frère et son frère" de Hakan Lindquist écrivain suédois. Cette fois il s'agit de l'histoire d'un petit garçon qui se lance à la recherche de son frère décédé un an avant sa naissance. J'ai noté particulièrement ce passage : "C'est vrai qu'il me manque énormément. J'ai beau l'avoir vu tous les jours pendant plus de quinze ans, j'ai beau savoir qu'il est mort depuis bientôt aussi longtemps, ça n'empêche qu'il me manque toujours autant. Quelquefois j'en pleurerais. C'est … c'est comme si la douleur perdait en vigueur par moments ; on dirait qu'elle diminue pour se jeter à nouveau sur moi, de toutes ses forces. Presque comme un être vivant. Et j'y suis aussi peu préparé à chaque fois. Je suis littéralement assaillie. Aussi violemment que quand ça s'est produit". Cette réflexion de la mère du défunt est très proche de mon état d'esprit. Je parle toujours pour qualifier ce décès d'une blessure qui ne se referme jamais. Je crois la plaie cicatrisée mais un jour, sans prévenir, le sang coule à nouveau. Exactement comme dans le livre.

Publicité

Publié dans Journal

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article