Je suis riche !

Publié le par Yves LEMESLE

Eau-a-tous-les-etages.jpgJ'ai une habitude que d'aucuns trouvent agaçante. J'ai coutume de dire que je suis riche et que la France est un pays riche. Mes interlocuteurs sont en général  surpris voire choqués par cette assertion. Je conçois qu'une personne émageant au SMIC (ou moins) et qui peine à honorer ses factures puisse trouver mes propos outranciers. C'est parce que contrairement à beaucoup d'autres, je n'ai pas une vision capitaliste de la richesse. Il ne suffit pas d'avoir un compte en banque bien rempli. Je suis riche car j'ai un toit, l'électricité, l'eau courante, le chauffage central et que je peux manger de la viande ou du poisson. Trop de gens considèrent tout cela comme naturel. Il est vrai que dans notre pays, une grande partie de la population bénéficie de ces éléments de confort, ce qui est loin d'être le cas partout. Il est des pays où les habitants vivent au rythme du soleil, doivent quotidiennement faire de longues distances pour s'approvisionner en eau, et qui ont depuis longtemps oublié le goût de la viande. J'ai vu un reportage sur Thalassa tourné dans l'île de Socotra où un pêcheur, après avoir pêché deux beaux poissons, les embroche sur un morceau de bois, puis fait deux heures de marche à travers la montagne pour les emmener à sa famille qui n'a rien pour se nourrir. C'est pour cela que je dis que toutes ces choses qui nous paraissent aller de soi sont en réalité luxueuses. Cela est tellement vrai que ceux-là même qui sont choqués par mes propos sont les premiers à gaspiller ces matières premières pourtant si rares à l'échelle mondiale, que sont l'eau et l'électricité. Alors oui, c'est vrai, certains d'entre nous ne sont pas riches d'un point de vue financier mais ils oublient qu'ils bénéficient de facilités de vie presque unique au monde. Avoir de l'argent sur son compte en banque est utile. Cela permet d'améliorer l'ordinaire, de se payer quelques menus plaisirs tels que le théatre ou le cinéma par exemple. Mais pouvoir s'offrir des distractions ne constitue-t'il pas déjà un signe d'aisance ? D'ailleurs, je connais une association dont la devise est : "La culture est un luxe, partageons là." Pour asseoir ma démonstration, je n'ai quasiment abordé que des points vitaux tels que boire, manger, se loger ou se chauffer. Je suis volontairement passé outre le suréquipement des foyers en matière de voiture, d'ordinateur, de téléphonie mobile, de hifi ou de télévision. J'ajoute qu'en cas d'empêchement à gagner sa pitance, un travailleur français bénéficie la plupart du temps de la retraite, de la sécurité sociale ou du chomage. Ces prestations auxquelles je suis très attaché et qui sont des droits pour nous autres français, sont également, de mon point de vue, des privilèges dont ne bénéficie pas un nombre incommensurable d'individus. Il me semble qu'à l'échelle de la planète une personne convenablement logée, qui mange à sa faim et qui bénéficie de soins appartient à la minorité des gens aisés. Pour toutes ces raisons, je considère que je suis un homme riche qui vit dans un pays riche !
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Publié dans Journal

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