Le retour en Bretagne
A la sortie du virage, nous nous trouvons face à l'estuaire de la Rance. A droite Saint-Servan et la Tour Solidor, à gauche Dinard, au large l'ile de Cézambre. C'est un après-midi d'hiver, la mer est agitée ; sa couleur vert sombre est mouchetée de blanc. Je me remémore une sortie en bateau entre Saint-Malo et la Conchée. Nous étions venus virer devant la vierge de Bizeux à l'entrée du fleuve. Nous quittons le barrage, traversons Dinard puis Saint-Lunaire. La mer n'est jamais loin. Elle apparaît ou disparaît au gré des méandres de la route. Au bout de la plage de Longchamp, la butte de la Garde Guerin, sous sa robe d'ajoncs, toise la baie de Saint-Briac. Quelques minutes encore et le car nous dépose à La Houle. Nous descendons par le balcon d'Emeraude avec sa vue incroyable : Saint-Jacut-de-la-Mer, les Hébiens, Saint-Cast-le-Guildo, le Fort la Latte, le cap Fréhel. Le vent souffle fort. Il nous oblige à nous courber en deux, à lutter pour progresser. Il nous jette à la figure une pluie grasse qui claque sur les cirés. Puis c'est la côte de la Ville Assier, le cauchemard des cyclistes. Adolescent, je m'imaginais emmenant le peloton du Tour de France. Cela m'aidait pour en atteindre le sommet. Enfin, c'est le chemin qui mène à la maison familiale. C'est un petit chemin verdoyant, tapissé de feuilles mortes, humide et chaleureux. La terre mouillée colle à nos chaussures, s'incruste dans les rainures. Il faudra taper nos semelles contre le mur en granit pour les nettoyer. Nous arrivons. Nous nous réchauffons près de la cheminée. C'est le retour en Bretagne, mais déjà, nous pensons que dans quelques jours, il nous faudra quitter notre pays.