Américan pie
A moins de vivre en ermite, coupé du monde et de ses moyens de communication moderne, il est impossible d'ignorer la tragédie qui frappe la pauvre Haïti. Cette moitié d'île antillaise aux paysages somptueux a été frappée par un tremblement de terre d'une violence inouïe. Des centaines de milliers de morts, autant de disparus, des populations affamées, des enfants hagards, des femmes désespérées, des monceaux de ruines, des pillages, les conséquences habituelles des catastrophes naturelles sont ici amplifiées par l'extrême pauvreté structurelle de ce petit pays. Les images du drame, frisant parfois le voyeurisme, sont diffusées jusqu'à l'écoeurement. Il est inconcevable de ne pas être sensible à la douleur du peuple Haïtien. Alors, comme à chaque fois, les appels à la générosité se multiplient. Il faut donner de l'argent, encore et encore, pour aider les sinistrés. Chacun met en avant sa propre association humanitaire, c'est à qui récoltera le plus de fonds, quitte à ne plus savoir quoi en faire comme lors du tsunami qui frappa les pays d'Asie du sud le 26 décembre 2004. Parmi toutes les sollicitations dont nous sommes l'objet, j'ai été intéressé par celle que j'ai trouvée sur le site internet de Madame Joyce Maynard, écrivain américain (http://www.joycemaynard.com). Dans une lettre publiée le 14 janvier, Madame Maynard se propose d'organiser dans sa maison californienne le dimanche 28 mars prochain un atelier pâtisserie avec une grande chef, amie de l'écrivain. Chaque participant s'acquittera d'un droit d'entrée de cent dollars au moyen d'un chèque au profit de "Partners in health". Cette initiative me paraît louable pour deux raisons. La première est que la bénéficiaire du don est une association installée en Haïti depuis plus de vingt ans, initialement créée pour soutenir la clinique "Bon sauveur" dans le village de Cange sur les hauts plateaux haïtiens. Je ne dénigre pas le travail des associations occidentales mais il me semble qu'un soutient au profit d'une institution installée dans le pays depuis des décennies s'inscrit plus dans la durée et c'est important car le peuple haïtien aura besoin de notre aide pendant de longues années encore. La seconde raison est qu'en choisissant une date volontairement éloignée, Madame Maynard s'assure que les donataires n'agiront pas sous le coup de l'émotion provoquée par les images télé. Là encore, il appert que cette action profitera plus durablement au pays. Alors, un gateau pour Haïti ? Chiche !