A propos de "Quartier perdu" de Patrick Modiano
Je suis tombé dessus par hasard dans ma bibliothèque. "Quartier perdu" de Patrick Modiano. J'avais sans doute acquis ce livre depuis plusieurs années mais je ne l'avais jamais lu. Cela fait d'ailleurs une éternité que je n'avais pas ouvert un Modiano, ce qui est regrettable car il s'agit, à mon avis, de l'un des écrivains contemporains français les plus intéressants. Il est toujours difficile de résumer un livre de Patrick Modiano. Le narrateur est souvent un homme désabusé qui se penche sur son passé quêtant sa propre identité ou de sa propre histoire. Ce sont le plus souvent des histoires tristes et désenchantées. "Quartier perdu" n'échappe pas à la règle. Un écrivain anglais, Ambrose Guise, revient à Paris, ville qu'il a quittée depuis vingt ans, alors qu'il s'appelait Jean Decker et disposait de la nationalité française, pour un rendez-vous avec son éditeur japonais. Il décide d'appeler Ghita, une ancienne amie qui va lui remettre un dossier conservé dans les archives d'un avocat décédé et contenant des traces de son passé obscur. J'avais peur de me replonger dans l'univers un peu glauque de Modiano, peur de ne pas ressentir les mêmes émotions qu'autrefois. J'étais comme le héros du livre qui avait peur de retrouver la France, de reparler Français (le saurait-il toujours ?). Dès la première page, le charme de l'écriture de Modiano agit sur moi comme avant. Je sais déjà que je ne lacherai pas ce livre avant de l'avoir terminé. Pendant cent quatre vingt quatre pages, je vais me promener dans un Paris écrasé de chaleur, le plus souvent de nuit, d'hotels à touristes en appartements abandonnés, de chambre secrète en brasseries lugubres, du présent au passé, à pieds ou en voiture, suivant le cortège macabre des amis décédés, à la recherche, non pas du temps perdu mais d'un passé qu'il a dû fuir précipitamment deux décennies plus tôt. J'ai redécouvert cet auteur que j'avais délaissé. J'ai pourtant retrouvé huit livres de lui sur mes étagères. C'était, il y a vingt ans, mon écrivain préféré. Mais, je ne sais trop pour quelle raison, j'avais abandonné la littérature française. Je l'ai retrouvée cette année. Aux côtés de Nina Bouraoui et Valentine Goby, Patrick Modiano reprend dans mon chemin littéraire, une place qu'il n'aurait jamais dû quitter.