A propos de "Oui mon commandant" de Amadou Hampâté Bâ
Dans ce récit autobiographique, Amadou Hampâté Bâ nous fait partager les premières années de sa vie d'adulte dans ce qui s'appelait alors le Soudan et la Haute-Volta alors qu'il entamait sa carrière de fonctionnaire dans l'administration coloniale. Souvent drôle, parfois naïf, jamais méchant, ce témoignage est intéressant à plus d'un titre. Il s'articule autour de trois thèmes principaux : la colonisation, la religion et les traditions africaines. Le regard qu'il porte sur la colonisation par la France est sévère mais sans rancoeur. S'il reconnaît que certains administrateurs coloniaux aimaient sincèrement l'Afrique et furent des dirigeants épris de justice malgré le racisme généralisé, il n'en demeure pas moins que les abus furent nombreux. Le lecteur sera par exemple choqué d'apprendre qu'un blanc pouvait pratiquer le "mariage colonial" c'est à dire un mariage temporaire qui permettait au blanc d'abandonner sa femme noire et ses enfants métis dès son rapatriement en France. Finalement le seul point positif qu'il reconnaît à la colonisation, c'est l'héritage d'une langue universelle lui permettant d'échanger avec les ethnies voisines comme avec le reste du monde.
En ce qui concerne la religion, Amadou Hampâté Bâ, de confession islamique et très croyant fait une lecture tolérante du Coran. Partisan du dialogue religieux et respectueux des particularismes, il ne prétend pas détenir la vérité et ne cherche pas à imposer ses choix à autrui. Ses propos sont très instructifs par rapport à une religion déjà stigmatisée à l'époque mais que nous connaissons finalement très mal. Nous apprenons qu'il est écrit dans le Coran : "Pas de contrainte en religion !", ou que pour un musulman, un autre musulman est toujours un frère. Il est regrettable que sa vision bienveillante du texte religieux ne soit pas partagée par tous les pratiquants d'aujourd'hui.
Enfin, les traditions ancestrales de l'Afrique sont également omniprésentes. Certaines pourront prêter à sourire comme le fait de confier son enfant à un tiers ("mon fils est ton fils, élève le pour moi") afin qu'il ait plusieurs familles, ce qui augmentera ses chances dans la vie ; d'autres pourront choquer comme la possibilité pour des parents de marier leurs enfants sans même les en informer mais ce qui transparaît le plus, c'est la générosité naturelle des africains et leur sagesse qui s'exprime dans des adages sublimes : "On voit clair pour les autres mieux que pour soi-même" ou "Chaque belle journée est suivie d'une nuit profonde".
Pour conclure, je dirais que le récit d'Amadou Hampâté Bâ donne envie de visiter l'Afrique et de rencontrer ses habitants.