A propos de "Et devant moi le monde" de Joyce Maynard
Un proverbe français affirme que "l'amour est aveugle". L'autobiographie de Joyce Maynard confirme cet adage. Dans cette confession, l'écrivain relate notamment la liaison aussi brève que destructrice qu'elle eut à l'âge de dix huit ans avec le romancier américain Jerry Salinger, de trente cinq ans son aîné. Comment une adolescente a-t-elle pu se laisser séduire par un tel homme ? Le portrait qu'elle dresse de Jerry Salinger est édifiant. Il vit en misanthrope reclus dans sa maison isolée de tout. Il ne se nourrit que de fruits, de légumes crus et de boulettes d'agneaux à moitié cuites. Il est égocentrique, méprisant, haineux. Pire, les témoignages cités dans la postface démontrent un esprit pervers dont l'obsession est de draguer des jouvencelles naïves et impressionnées par sa notoriété (l'auteur de "L'attrape cœur" est alors au sommet de sa renommée). Il est vrai que Joyce Maynard est une jeune fille perturbée. Elevée par une mère obsédée par la réussite professionnelle de sa progéniture et un père alcoolique frustré par l'échec de sa carrière artistique, la jeune fille est mal dans sa peau. Elle vit dans le secret, le mensonge et la honte. Elle souffre de troubles psychiques et d'anorexie. C'est le témoignage de l'affliction d'une adolescente solitaire. Il est manifeste que ce livre a servi d'exutoire à Joyce Maynard, qu'elle s'est libérée du poids que son éducation et une histoire d'amour obscène faisaient peser sur elle. Pourtant, malgré tout l'intérêt qu'elle présente, cette confession traîne un peu en longueur. J'ai été intéressé par la relation de son intimité avec Jerry Salinger, du viol psychique qu'il lui a fait subir et de la dévastation psychologique qui s'est ensuivie. Tout ce qui suit leur séparation brutale m'a moins intéressé mais sans doute était-il nécessaire pour l'auteur d'aller jusqu'au bout de sa confession.