A propos de "En famille" de Marie N'Diaye
Fanny, dont ce n'est d'ailleurs pas le vrai prénom est rejetée par sa famille. Il semble qu'il y ait un mystère autour de sa naissance. Il s'agit peut-être d'une enfant adoptée à moins qu'elle ne soit le fruit d'un amour interdit. La famille reproche à Fanny un péché originel sans expliciter lequel mais dont la conséquence est son exclusion. D'ailleurs n'est-elle pas différente de son cousin Eugène et de ses cousines ? Fanny "consciente de l'imperfection de sa naissance" est prête à toutes les bassesses pour intégrer un univers familial pourtant mesquin, cupide et médiocre. A travers la quête mémorielle de Fanny, ce livre nous pousse à nous interroger sur la famille, le souvenir voire l'histoire. C'est presque un traité d'anthropologie dans lequel Marie N'Diaye observe finement notre société. A cet égard la scène du mariage et celle des conséquences de l'arrivée du supermarché au village (il a donné un sens à leur existence) sont particulièrement édifiantes. Le style est riche sans être précieux. L'auteur utilise avec délice le passé simple, le subjonctif et les inversions ("… lança Fanny d'une voix faible un peu"). La longueur du phrasé oblige à des relectures, à des retours en arrière un petit peu comme Fanny qui revisite son passé. J'y vois aussi une parabole sur la situation de l'immigré ou plutôt des enfants d'immigrés considérés comme étrangers en France et comme français à l'étranger. D'ailleurs le village est une "patrie" dont le maire impose à Fanny des obligations contraignantes pour la dissuader d'en devenir "citoyenne". Marie N'Diaye est une nouvelle fois sublime dans sa narration de l'errance.