A propos de "Courir" de Jean Echenoz

Publié le par Yves LEMESLE

 

Si vous n'avez jamais vu courir Emile Zatopek, alors précipitez-vous sur votre ordinateur pour y visionner une vidéo du champion. Vous découvrirez l'improbable style du coureur que Echenoz décrit ainsi : "Loin des canons académiques et de tout souci d'élégance, Emile progresse de façon lourde, heurtée, torturée, tout en à-coups. Il ne cache pas la violence de son effort qui se lit sur son visage crispé, tétanisé, grimaçant, continûment tordu par un rictus pénible à voir. Ses traits sont altérés, comme déchirés par une souffrance affreuse, langue tirée par intermittence, comme avec un scorpion logé dans chaque chaussure. (...) tout son corps semble être une mécanique détraquée, disloquée, douloureuse, sauf l'harmonie de ses jambes qui mordent et mâchent la piste avec voracité. Bref il ne fait rien comme les autres, qui pensent parfois qu'il fait n'importe quoi." Si cette manière de courir vous paraît inadéquate, sachez simplement qu'aux jeux olympiques d'Helsincki en 1952, Emile Zatopek remporta le 5000 mètres, le 10000 mètres et le marathon, exploit inégalé depuis. Ce livre est plus qu'une biographie, c'est le roman d'une vie bien réelle. Bien que l'auteur n'ait jamais rencontré l'athlète, il lui prête des pensées, des sentiments intimes et imagine une foule de détails qui rendent cette histoire bien plus vivante qu'une biographie classique. A l'image de la vie du héros, ce roman n'est d'ailleurs pas dénué de poésie. Qu'il s'agisse de la relation des compétitions, du contexte historique ou de la vie privée du champion (la rencontre avec Dana sa future épouse est d'une incommensurable drôlerie...) tout est à la fois passionnant, touchant et surprenant. A tous les admirateurs de Zatopek mais aussi à tous ceux qui ne le connaissent pas, je conseille vivement ce livre. Une fois votre lecture commencée, vous ne la terminerez que la ligne d'arrivée franchie.

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Publié dans Littérature

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