Une précision superfétatoire mais pas innocente
Déjà jetés en pature à l'opinion publique par le ministre de l'intérieur au nom d'une politique ultra-sécuritaire, les Roms sont à nouveau sur la selette suite à un regrettable fait divers relaté au journal de 13 heures. Voici les faits : une voiture ayant fait une queue de poisson à une camionette transportant des enfants vers un centre de loisir, le chauffeur de celle-ci klaxonna. L'automobiliste indélicat fit demi-tour et son passager tira sur la camionette sans blesser personne heureusement. Le policier interrogé relate l'incident avant de préciser que le numéro de la plaque d'immatriculation correspond à la voiture d'une personne qui appartient à la communauté des gens du voyage. De quel droit ce commissaire fait-il cette précision ? S'il peut connaître l'identité du propriétaire de la voiture il ignore tout de celle du passager. Son but n'est pas d'apporter un éclairage mais de travestir la vérité en faisant accroire que c'est toute la communauté des Roms qui est coupable de cet attentat et que n'importe lequel d'entre eux aurait pu appuyer sur la détente. Cette phrase prononcée dans un contexte difficile pour cette communauté tend à la clouer encore un peu plus au piloris. Il est raisonnable de penser que si le propriétaire du véhicule avait été médecin ou notaire le policier se serait abstenu de tout commentaire superflu. Il est dommageable qu'au nom d'une ambition politicienne le gouvernement ait pris le risque de réveiller le racisme latent dont souffrent depuis des lustres ceux que la tradition populaire nomme "les voleurs de poules". Une jeune Rom déclarait l'autre jour à la télévision : "Avant la France était meilleure. Je ne sais pas pourquoi ça a changé". Je souhaite à cette adolescente de revenir un jour en France et d'y retrouver les valeur d'accueil, de partage et de diversité auxquelles nombres d'entre nous restons attachés.