Un déménagement
Un déménagement est toujours éprouvant. N'étant pas une montagne de muscles, les candidats à la migration font rarement appel à mes services. D'ailleurs, le plus souvent, je parviens à me défiler en invoquant un mal de dos récurrent qui m'interdit le port de charges excessives. Pourtant l'autre jour, alors que personne ne me demandait rien, j'ai spontanément proposé mes services pour "donner un coup de main". Ce fut un moment d'égarement fatal. J'aurais dû me douter qu'un déménagement commençant à dix heures trente du matin ne pouvait pas être organisé par des gens normaux. Naïvement je me suis dis que si le travail débutait aussi tard c'est qu'il y avait peu à faire et que la corvée serait vite expédiée. Si ma mémoire est bonne, en plus de quelques cartons, il y avait dans l'appartement un canapé, une petite commode, un fauteuil, une armoire légère, une autre démontée, un frigidaire, une gazinière, une table de bistrot, une machine à laver le linge et quelques autres bricoles. Comme nous étions sept, le transport de ces meubles n'aurait dû prendre que quelques minutes. C'était compter sans une répartition des tâches aberrante. Tandis que J… et moi nous nous coltinions les meubles, les cinq autres (le locataire et sa famille) se disputaient au sujet de la meilleure manière de charger le camion. Pendant que suant et ahanant nous vidions l'appartement, les cinq autres, parlant beaucoup, émettaient des avis divergeants d'experts quant à la meilleur technique de chargement. Incrédule je me demandais même à un moment si je n'étais pas la victime d'une vilaine farce. Heureusement mon compagnon d'infortune eut une idée géniale pour emménager le nouvel appartement situé au deuxième étage. Nous sortions les meubles du camion et les déposions sur le palier du premier sans plus nous en préoccuper. La famille interloquée dû se charger de l'escalade du dernier escalier. Petite consolation qui ne me fait pas oublier qu'aujoud'hui j'ai mal aux jambes et aux bras.