Tempête en mer
Le ciel est noir, désespérément noir
La mer émeraude est lourde, moutonnée d'écume blanche
Le bateau tangue, balloté par la houle hostile
Les vagues bombardent la coque, la soulèvent, la tabassent
L'eau déferle sur le pont, aveuglant le marin arc-bouté au bastingage
La pluie fouette la surface de l'océan de ses grosses gouttes claquantes
L'esquif est seul dans la tourmente
Les paquets de mers submergent le jeune homme
La peur l'immobilise. Il a froid, il a mal, il pleure.
Il voit l'eau l'emporter, le culbuter.
Le capitaine hurle à l'arrière des ordres qu'il n'entend pas.
Il voudrait se mettre à l'abri mais il a peur
De la mer qui veut l'arracher au bateau. Du capitaine qui vocifère.
Le grondement de l'eau couvre le bruit du vent
La sonie effrayante accentue la sensation d'oppression
Enserrant le hauban, il commence à abattre la voile.
Il travaille lentement. Ses doigts gourds sont maladroits.
Enlever le foc. Lancer le tourmentin.
Se traîner jusqu'au pied du mat. S'attacher.
Se reposer. Un peu. Pas longtemps. Prendre un ris.
Allégé de sa toile, le bateau résistera mieux.
Déjà la tempête paraît moins terrifiante.
Enfin à l'abri, le marin sourit de ses propres sanglots.
Il peut maintenant apprécier la colère majestueuse de la mer.