Du silence, de la peinture et de la musique
La télévision souffre d'une tare congénitale : elle ne supporte pas le silence. Tout film, toute image, tout reportage doit impérativement être accompagné d'un fonds sonore. Cela est particulièrement notable dès que le petit écran traite des arts plastiques. Si, dans le cadre du journal télévisé, un sujet est consacré à une exposition de peinture, l'aménagement sonore des images est inéluctable. Le journaliste ne peut pas se résoudre à filmer un tableau sans qu'une petite musique douce vienne combler le vide. Il me semble pourtant que la peinture se suffit à elle-même sinon les musées ne se gêneraient pas pour diffuser une bande musicale dans les salles d'expositions. Je suis toujours ulcéré de me voir imposé un air de piano ou de violon pour souligner la vue d'une œuvre d'art. Le tableau ne paraît pas suffisamment porteur pour soutenir l'intérêt du spectateur. Je trouve cette manière de faire profondément méprisante pour l'art, y compris pour la musique qui n'a pas plus d'importance ici que celle diffusée dans un supermarché. Peut-être le silence est-il trop assourdissant pour nos diffuseurs ?