Silence on tourne !
Son regard inquiet éprouve l'intérêt qu'il suscite. Il s'est apprêté pour être remarqué. Sa coiffure est savamment étudiée et sa tenue "excentrique". Pour focaliser plus sûrement l'attention, il a le verbe haut. Il ne suffit pas d'être vu, il faut aussi être entendu. Pour cela le mieux est de parler crûment de cul. Les faibles d'esprit trouvent ça non-conformiste. Son auditoire a tendance à confondre liberté de ton et intelligence. "Baiser avec préservatif, c'est pas vraiment baiser puisqu'il n'y a pas contact !" lance-t'il à la cantonnade. La sentance a le succès escompté, la galerie est aux anges. Il théâtralise tout son comportement et comme tous les mauvais acteurs son jeu est ostentatoire. Il s'est construit un personnage : celui du jeune homosexuel branché. Il a travaillé l'apparence, le langage et la gestuelle. Le résultat est grotesque mais la cour apprécie. Son discours ampoulé a raison de ma patience alors je fuis ce théâtre exécrable. Quand je pense que demain certains me diront : "Comme on s'est bien amusé ! Qu'est-ce qu'il est drôle !"