Le clerc de notaire en voie de disparition

Publié le par Yves LEMESLE

Clerc-de-notaire.gifJ'ai récemment rencontré une jeune fille qui se destine au métier de clerc de notaire que j'ai moi-même exercé pendant plus de vingt ans. En sa qualité de stagiaire, elle allterne formation théorique à l'école et travail dans une étude. La discussion que nous avons eu a confirmé le sentiment que j'éprouvais par rapport à la perte d'attractivité de cette profession. Ce qui faisait le charme de ce travail, c'était la diversité, la recherche et l'écriture. La disparition de ces trois attraits a rendu cette activité ennuyeuse. Quand j'ai débuté, je touchais à toutes les matières du droit notarial : divorce, succession, vente, baux, commerce, société, rural … Désormais, à l'exception des petites structures, un clerc est très tôt spécialisé dans un domaine dont il ne sortira plus. La variété des sujets traités s'est amenuisée, l'intérêt aussi. Même spécialisé, un clerc ne peut maîtriser l'intégralité d'un sujet. Il doit se mettre à jour pour assimiler le déluge de lois nouvelles dont le législateur infatigable nous assomme. Ne pouvant tout connaître, le clerc doit consacrer une part importante de son travail à la recherche juridique. Or, au cours des dernières années, le temps passé en recherches juridiques a presque disparu. Les notaires ne payent pas leurs employés pour "lire" mais pour faire des actes. Enfin, le travail d'écriture qui permettait de rédiger la clause la mieux appropriée n'existe plus. Le clerc assemble des modules pré-rédigés sans intervenir dans la rédaction. Les actes sont stéréotypés. J'ai coutume de dire que j'étais devenu un ouvrier spécialisé dans la production d'actes notariés. Il ne s'agit plus de rédiger un acte qui colle au plus près des préoccupations du contractant. C'est à celui-ci d'adapter ses désirs aux modèles d'actes existants. L'aspect économique a pris le pas sur l'aspect juridique. Ce qui compte, c'est de faire vite, pas de faire bien. J'ajoute pour terminer que toute une génération de notaires partie à la retraite ou en passe de le faire était constituée de patrons paternalistes soucieux du bien-être de leurs employés. Ils ont été remplacés par de jeunes loups cupides qui n'ont que le mot "management" à la bouche sans que l'on sache très bien ce que cela recouvre. C'est d'ailleurs ce qui fut à l'origine de ma conversation avec la jeune stagiaire. Comme de plus en plus de néophytes, elle souffre de maltraitance, accumule les heures supplémentaires, doit respecter des objectifs, passe les journées à redouter une engueulade, se plaint d'un travail répétitif ... et pense à changer d'orientation.

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Publié dans Journal

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