Laissez moi seul avec ma honte
Le bonheur de tous ces gens devrait être communicatif. Je devrais partager leur joie mais je n'y arrive pas. Je vois sur mon écran de télévision des enfants qui chantent, crient, dansent ou frappent dans leurs mains mais je reste étranger pour ne pas dire hostile à leur exhubérance. Je sais déjà que ma nuit sera mauvaise et que demain je serai de méchante humeur. C'est comme si j'avais été subitement frappé par un chagrin d'amour. Je suis obsédé par ce qui vient de survenir et je sens ma raison vaciller. Je sais que je vais m'enfermer dans ma solitude et ne voir personne. Le téléphone peut sonner, je ne répondrai pas. Les mails peuvent s'entasser dans ma boite à lettres, je ne les lirai pas. Je veux me couper du monde. Pas de journaux, pas de radio, pas de télévision, pas d'internet. Demain je prendrai mon vélo pour m'abrutir de fatigue et ne plus penser à l'indicible. Ce soir, Quevilly, club de troisième division, a éliminé le stade rennais en demi-finale de la coupe de France. Je suis attéré, abattu, consterné et en colère. Surtout, laissez moi seul avec ma honte.