La magie des jeux
Au départ le tableau est figé. La salle est silencieuse. Le temps paraît suspendu. Les figurants retiennent leur souffle. La femme est penchée en avant, accroupie sur la glace. Elle fixe un point situé loin derrière la caméra. Elle esquisse un mouvement. Mue par une force invisible, la statue humaine se relève, s'élance, se jette en avant. Elle pousse de sa main une grosse pierre plate sans lacher du regard un point imaginaire. Puis, tout s'emballe. La femme lache sa pierre en poussant un hurlement. Elle suit son projectile, elle l'encourage, mais déjà on ne la voit plus. Deux autres femmes sont entrées en scène. Armées chacune d'une sorte de balai, elles précèdent la pierre, s'agitent frénétiquement, tête contre tête, balayent la glace devant elle en un "pas de deux" exalté, encouragées par la clameur du public. Je concède qu'à ce moment là, le spectateur béotien risque d'être pris d'un fou rire mal venu. Cette chorégraphie à deux balais, quatre bras et une pierre égale tous les spectacles de danse. La pierre, en appesenteur, vole au dessus de la glace, percute une, deux puis trois autres pierres, celles de l'équipe adverse. Elle les expulse de la cible pour s'y installer en conquérante victorieuse. Les joueuses lèvent les bras au ciel, se congratulent, sautent sur la glace, poussent des cris à peine couverts par les supporters enthousiastes. C'était le point décisif, le point de la victoire, c'était un match de curling.
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