L'homme qui n'aimait pas le bruit
Ce matin, alors que j'empruntais le pont de fil pour rejoindre le quai Paul Bert, je fus doublé par un scooter qui, non content de dégager une odeur nauséabonde, émettait un vrombissement assourdissant. Surpris par cette sonie brutale, je restai quelques instants tétanisé, les bras figés contre mon corps par un spasme incontrôlable. Je demeurai ainsi, quasiment paralysé, jusqu'à ce que la pétarade du deux-roues soit devenue un lointain bourdonnement. Aussi loin que je me souvienne, je n'ai jamais pu supporter le bruit. Je suis allergique aux motos, voitures, avions, hors-bords ou tondeuses à gazons et plus généralement à tous les objets dotés d'un moteur. Les gens qui parlent fort m'insupportent, le moindre cri m'horripile, le bricoleur du dimanche m'exaspère, les chants du noctambule éméché m'agacent, les aboiements des chiens me mettent hors de moi. Pourtant, tout cela n'est rien à côté du roi des carillonneurs : l'amateur de musique. Insensible à la violence des décibels, il pousse le son au maximum sans considération pour les fragiles tympans de ses voisins. Parfois je me dis que j'aurais dû me destiner à la vie monacale, m'occuper d'une bergerie au fin fonds du Cantal ou pratiquer la pêche côtière au large des îles Blasket.