Au marché le samedi matin
Ce jour là je me lève un petit peu plus tard. Je ne fais pas la grasse matinée mais je traîne quand même un peu plus au lit que d'habitude puisque c'est samedi. Ce n'est pas la débandade habituelle des jours de semaine où tout est minuté sous peine de retard. Là, il n'y a pas de stress, le temps ne m'est pas compté. Néanmoins, la matinée ne m'appartient pas complètement. C'est même la plus ritualisée de la semaine. Après un petit déjeuné insouciant et une toilette sommaire (eh oui, c'est samedi quand même), je pars au marché qui se tient sur le carreau des Halles. L'objectif est d'acquérir des légumes pour toute la semaine. Pour cela je fréquente exclusivement les petits producteurs locaux. Ils me fournissent en produits de qualité à des prix défiant toute concurrence. Je m'en tire toujours pour moins de dix euros. Les légumes y sont vivants. C'est à dire qu'ils n'ont pas le calibre stéréotypé de ceux vendus en supermarché. Mes pommes de terre sont pleines de terre, mes carottes ont des boursouflures, le vert de mes poireaux n'a pas la paleur anémique de ses lointains cousins et mes tomates ont le gout fruité du soleil estival (ce qui veut dire qu'en décembre il n'y a pas de tomates). Ici, tout est une invitation à la flânerie. Je fais plusieurs fois le tour du marché, je repasse devant les mêmes étals. Je m'enquiers d'un légume dont j'ignorais l'existence. C'est ainsi que j'ai découvert et adopté le panais qui fait une purée au goût délicieusement amer ou les bettes aux belles feuilles vertes mais moins gouteuse que celles des épinards. Je complète mes achats par un morceau de viande et quelques filets de poissons avant de m'arrêter dans un petit bar du quartier pour y prendre l'apéritif et dévorer le journal l'Equipe. Au retour je remplis le frigidaire, je sors mon économe, j'affute mon couteau et j'allume les fourneaux. Voilà, c'était un samedi matin.