Une visite attendue
La missive de l'entreprise chargée de l'entretien de la robinetterie de l'immeuble est on ne peut plus claire : « L'un de nos techniciens se présentera à votre domicile entre 8 h et 12 h ». J'ai prévenu mon employeur de mon arrivée plus tardive que de coutume. J'ai évacué la vaisselle en retard, aéré la salle de bains et nettoyé la cuvette des toilettes. Je suis paré et je n'ai plus qu'à attendre. Comme je m'y attendais l'attente est longue. Le plombier se garde bien de se présenter dès 8 heures. Il n'en a sans doute jamais eu l'intention mais je suis tout de même paré à toute éventualité. L'heure très approximative de la visite rend l'attente stressante. Alors que d'habitude je profite du moindre temps libre pour me plonger dans un livre, ce jour là, je peine à me concentrer. Je suis aux aguets, attentif au moindre bruit en provenance du hall d'entrée. Je tourne en rond, je surveille les voitures qui circulent sous mes fenêtres. Je parviens à rassembler suffisamment d'attention pour passer le balai dans la cuisine. Cela fait déjà deux heures que j'attends et rien n'annonce l'arrivée imminente de mon visiteur incertain. Une colère sourde commence à monter en moi. Je me dis que ce n'est pas possible et qu'il le fait exprès. Quand je pense qu'il n'en aura que pour cinq minutes pour vérifier l'état de la tuyauterie. Puis l'inquiétude me prend. Et s'il ne passait pas. Et si je perdais tout ce temps pour rien. Je reprends ma ronde autour du salon jusqu'à ce qu'enfin retentisse le timbre de la sonnette. L'homme pénètre dans l'appartement, effectue son inspection avec beaucoup de professionnalisme, change quelques joints, me fait signer un bulletin récapitulatif puis s'en va. Il a passé une dizaine de minutes dans mon logement. Me voici enfin libre. Avant de partir travailler, je prends le temps de passer aux toilettes pour y faire ce que je n'avais osé faire avant le passage du technicien qui n'eut sans doute guère apprécié l'effluve suspecte que je laisse en quittant le cabinet d'aisance.