Une visite à l'hôpital

Publié le par Yves LEMESLE

hopital.jpgDans le long couloir qui mène à la chambre, je dois louvoyer entre les chariots et les brancards qui entravent le passage. De part et d'autre du corridor, les portes des chambres sont grandes ouvertes. J'y vois des patients, certains endormis, d'autres dont le regard est obnubilé par les images que dégorge le poste de télévision. J'ai l'impression de croiser des cadavres et des zombis. Je suis frappé par l'âge des malades. Dans ce service de neurochirurgie la vieillesse est omniprésente. La chambre de maman est tout au bout du couloir. Dès que je la vois, je constate qu'elle n'est guère mieux que ses congénères. Elle est allongée dans son lit, le regard vague, les cheveux en bataille. Une sonde nasale lui découpe le visage en deux. Je ne sais pas si elle me reconnaît. Elle me fixe d'un regard inexpressif. Elle essaie de parler mais ses propos sont inaudibles. Un sentiment de révolte m'envahit quand je m'aperçois qu'elle est attachée. Je sais déjà tout ce que l'on va me dire, que c'est pour son bien, qu'il ne faut pas qu'elle arrache sa sonde. L'infirmière que j'interpelle me semble désemparée ou peu sûre d'elle. Je ne l'accable pas mais j'ai l'impression que le confort des soignants prime la dignité des patients. Heureusement la fille de salle, plus enjouée, apporte un peu joie dans ce tableau macabre. Je prends plaisir à m'entretenir avec elle de son travail ou de sa vie. Je vois bien qu'elle est triste de ne pouvoir plaisanter avec maman. Son empathie me réchauffe le cœur et je me dis que tout n'est peut-être pas perdu.

Publicité

Publié dans Journal

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article