Soutenance de thèse

Publié le par Yves LEMESLE

IMGP1151.JPGJ'ai bien fait d'arriver en avance car je me suis perdu dans le dédale des couloirs de la faculté. Au hasard d'un escalier, j'ai croisé trois personnes qui cherchaient le même endroit que moi. Après quelques ultimes périgrinations, nous avons fini par trouver la salle où C… devait soutenir sa thèse. Le jury était déjà installé. C… était souriante et paraissait détendue. Je savais qu'il n'en était rien. Je n'aurais pas voulu être à sa place. J'imaginais la douleur dans le ventre, le tremblement des jambes, la gorge sèche, la moiteur dans le creux de la main. Je m'installai au fond de la salle. Il y avait beaucoup plus de monde que je ne l'aurais imaginé. Une trentaine de personnes étaient venues assister à la représentation. A ma grande surprise, l'examen débuta exactement à l'heure prévue. Le président du jury expliqua la procédure. La doctorante disposerait de vingt minutes pour présenter sa thèse. Ensuite, chacun des cinq membres du jury aurait un quart d'heure pour exprimer ses observations et poser des questions. La doctorante bénéficierait alors du même délais pour y répondre. Le début de l'exposé de C… fut laborieux. Si l'élocution était claire, la voix était mal assurée et les hésitations nombreuses mais après quelques minutes, ces défauts avaient disparus. La candidate n'était pas la seule à être tendue. Chacun de nous, conscient de la gêne que pourrait constituer le moindre bruit faisait attention à ses gestes. Ne pas tirer sa chaise, ne pas tousser, ne pas se racler la gorge… Ma voisine fut tétanisée quelques secondes par le bruit que fit sa chaussure en heurtant le sol. Durant l'exposé j'examinai les membres du jury. L'un était souriant, l'autre sérieux. Un seul prenait des notes. Une femme manifestait son approbation par des hochements de tête. La dernière, dont j'appris ultérieurement qu'il s'agissait de la directrice de thèse, couvait sa protégée du regard. Bien que les débats fussent de haute volée, je ne vis pas le temps passer. Ce fut à la fois très sérieux et très drôle. La police de caractère qui avait servie pour l'impression des deux volumes de cinq cents pages fit débat. Le président du jury faisait respecter le timing avec tellement de rigueur que les locuteurs lui demandaient presque la permission de terminer leurs propos. Nous eûmes aussi le droit à la lecture d'un extrait d'un roman policier. Cette partie là au moins me fut parfaitement accessible. Pour le reste, j'avoue qu'une partie des interventions dépassaient mon niveau de compréhension. Le moment le plus solennel fut le prononcé du résultat. Tout le monde est resté debout. Je me demandai même si nous n'allions pas devoir chanter l'hymne national mais ce calvaire nous fut heureusement épargné. C… obtenait le titre de docteur avec la mention "très honorable". Le président ajouta que la qualité de son travail serait souligné dans le rapport. Je fis comme tout le monde : j'applaudis. Pourtant j'étais incapable de savoir s'il s'agissait d'un bon résultat. Ce dont j'étais certain c'est que le pot offert par C… approchait et que pour cela, toute épistémologie mise à part,  je n'avais aucun soucis de compréhension.

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Publié dans Journal

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