Lettre à Monsieur le président de la SNCF
Monsieur le Directeur,
J'aurais beaucoup aimé prendre aujourd'hui la plume pour vous souhaiter une belle et heureuse année 2011. Ces voeux auraient d'ailleurs mieux correspondu à ma nature affable que les reproches que je me vois contraint de vous adresser au moyen des présentes. Domicilié dans la ville de Tours, j'avais décidé, à l'occasion des fêtes de Noël de faire un rapide aller-retour à Rennes ma ville natale, pour laquelle j'éprouve toujours un tendre sentiment. Hélas, ce voyage ne fut pas aussi agréable que prévu. Non pas que ma famille m'ait mal accueilli, loin de là. J'étais le bienvenu et je fus plus que convenablement nourri et logé durant les deux journées que dura mon séjour. Ce qui a gâché mon plaisir, j'ai le regret de vous l'avouer, c'est le temps passé dans les voitures et les gares de la Société nationale des chemins de fer français, société que vous avez l'honneur de présider. Le voyage aller s'est à peu près bien déroulé malgré quelques retards et une forte affluence qui contraignit certains usagers à demeurer debout au milieu du couloir. Vous comprendrez la gêne que j'ai ressenti à demeurer assis quand d'autres étaient beaucoup moins confortablement installés. D'ailleurs, qu'il s'agisse du train n° 57246 allant de Tours (départ 14 h 05) à Le Mans (arrivée 15 h 04) ou du n° 57655 joignant Le Mans (départ 15 h 39) à Rennes (arrivée 14 h 03), circulant le vendredi 24 décembre, les voitures étaient tellement bondées, qu'à chaque fois le conducteur dû faire une annonce au micro pour inciter quelques voyageurs à emprunter le train suivant. Je vous avoue que j'ai trouvé cette demande quelque peu culotée et qu'il m'aurait paru plus judicieux de rajouter une ou deux rames à notre convoi. Néanmoins, comme nous pûmes gagner Rennes à peu près en temps et en heure, je préfère ne pas trop insister sur ces légers désagréments. Je ne puis, à mon grand regret, être aussi tolérant quand aux conditions de notre voyage retour. Si le TGV n° 5324 circulant entre Rennes (départ 12 h 30) et Le Mans (arrivée 13 h 46) n'eût que quelques minutes de retard, la suite fut beaucoup moins glorieuse. Après avoir profité de la petite heure d'attente prévue au programme pour nous sustenter, nous apprîmes que le train intercité n° 13023 prévu au départ du Mans à 14 h 50 et dont l'arrivée à Tours était envisagée pour 15 h 55, était annoncé avec dix minutes de retard. Dans l'anarchie ambiante, cela serait quasiment passé inaperçu si les dix minutes n'étaient devenues vingt puis trente puis quarante puis une heure puis une heure quinze puis une heure trente puis une heure quarante cinq puis (enfin) deux heures. Je me dois néanmoins de saluer ici une heureuse initiative de votre société. Pour nous divertir, une charmante hôtesse s'obstina pendant près d'une heure à déclarer au micro que le train entrerait en gare "vers 16 h 02". Cette louable précision nous mit tellement en joie qu'avec d'autres naufragés nous décidâmes d'organiser un concours de pronostic pour savoir si nous atteindrions les trois heures de retard annoncés pour le TGV Marseille-Rennes. Si ces distractions anodines maintinrent à flot le moral des troupes, elles ne nous réchauffèrent pas du tout. Un hall de gare n'est pas, vous en conviendrez, le lieu le plus approprié pour patienter pendant trois heures alors que les températures sont allègrement descendues en dessous de zéro. Ce froid polaire serait-il d'ailleurs à l'origine de nos malheurs ? Que nenni ! A plusieurs reprises, un employé de votre société nous a informé au moyen du haut parleur que le retard était dû à une "forte affluence". Comme à l'aller, il y avait beaucoup plus de voyageurs que le train ne pouvait en contenir. J'ai d'ailleurs appris depuis qu'arrivé en gare d'Alençon la SNCF avait dû faire descendre deux cent vingt voyageurs pour remplacer la rame par une voiture plus grande. Etait-il si difficile de prévoir que l'affluence serait importante le week-end de Noël ? Il me semble que non et je trouve que votre organisation est pour le moins déficiente. Je suis bien obligé de constater que les incidents de transport sont de plus en plus fréquents et de plus en plus graves. D'ailleurs en relisant ces lignes j'apprends que des voyageurs partis de Strasbourg sont arrivés à Nice avec près de seize heures de retard. Mon infortune était donc anecdotique et j'ai mauvaise grâce à me plaindre ainsi. Néanmoins, il me serait agréable de connaître les moyens que vous comptez engager pour que ces dysfonctionnements ne se reproduisent plus à l'avenir.
Dans l'attente de vous lire.
Je vous prie d'agréer, Monsieur le Directeur, l'assurance de ma considération distinguée.