Les vieux partiront plus vieux
Un ami m'a convié à une manifestation organisée le 24 juin prochain sur "la question des retraites". Je ne sais pas encore si je m'y rendrai. J'avoue que je suis dubitatif. Nous sommes tous d'accord pour reconnaître qu'il existe un problème de financement. C'est logique : il y a un nombre croissant de bénéficiaires qui vivent de plus en plus vieux. Alors que fait-on ? Qu'il s'agisse du gouvernement, des partis politiques ou des syndicats, chacun présente sa solution, je dirais son évidence. Au fil du temps et grâce à quelques indiscrétions savamment distillées le projet du ministre à pris corps dans nos esprits. Il appert que l'âge légal de départ à la retraite focalise à la fois tous les espoirs et toutes les rancoeurs. Et me voici, par le biais de cette invitation, acculé à une réflexion restrictive : suis-je pour ou contre le recul de l'âge légal de départ à la retraite ou pour reprendre le vocabulaire du sérail, suis-je un infâme libéral ou un ringard obtus ? Je pense que le sujet des retraites méritait un débat plus ambitieux, plus ouvert et moins dogmatique. Je regrette que le gouvernement ait planché seul dans son coin. Plutôt que de lancer un débat stérile et nauséabond sur l'identité nationale, je pense qu'il aurait été mieux inspiré d'instaurer une réflexion généralisée sur les retraites dans laquelle chacun aurait pu s'exprimer à l'image de ce qui s'était passé lors du référendum constitutionnel où chaque français s'était saisi du sujet pour en débattre au travail, en famille, au bistrot ou sur internet. Au lieu de cela, les acteurs institutionnels ont confisqués le débat pour le restreindre au minimum. Je n'aime pas ce qui est trop rigide. Je n'ai pas envie de descendre dans la rue pour défendre le principe inaltérable de la retraite à soixante ans. Mais je ne veux pas non plus que mon absence soit interprétée comme un signe de soutient à une réforme bâclée et imposée à la base sans que les négociations promises aient eut lieu. Je ne sais pas encore si je me joindrai aux manifestants mais dans tous les cas je suis déjà perdant. Me voici contraint de choisir mon camp sans avoir pu apporter ma pierre à l'édifice. Peut-être rejoindrais-je la cohorte des indécis ou des indifférents qui regarderont "ceux qui savent" s'écharper dans la rue ou au Palais-Bourbon. J'aurais aimé que nous puissions tous avoir une attitude plus constructive et plus active mais il me semble qu'aussi bien les décideurs que leurs contradicteurs institutionnels n'ont aucune envie que nous nous mêlions de leurs (nos ?) affaires.