Les bouteilles de Perrier sont alignées sur le comptoir. Le patron a remisé les fûts de bière, c'est eau pétillante pour tout le monde. C'est toujours la même chose avec les lendemains de cuite. Comme l'assassin qui retourne sur les lieux de son crime, le buveur invétéré retoune au bar où la veille au soir il a éclusé un nombre indéterminé de godets. Il y a là Camille, Erwan, Pauline, Sylvain …. Tous ceux avec qui j'ai trinqué la veille au soir. Chaque nouvelle arrivée est ponctuée d'éclats de rire. L'ambiance reste festive malgré la fatigue. Chacun raconte une anecdote qui l'a marqué. L'un s'est endormi sur le parvis du Théatre, l'autre sur son canapé. L'un a embrassé tout le monde avant de partir, l'autre a disparu brusquement. L'un a payé sa tournée de whisky, l'autre n'a pu finir sa pinte. L'un a mangé froid en rentrant, l'autre ne se souvient de rien. L'un a parlé politique, l'autre trouvait toutes les femmes jolies. L'un a prétendu aimer les artichauts, l'autre a chanté Maxime Le Forestier. Les irlandais sont rentrés bras dessus, bras dessous. Tous ont fait honneur à leur réputation. Aucun n'a laché prise. Bien sur, ce midi, devant les petites bouteilles vertes quelques uns ont un peu mal à la tête mais on s'est tellement bien amusé. Et puis l'un d'entre nous, je ne sais plus lequel, a commandé une tartine avec un verre de vin. Un autre s'est dit qu'un petit demi ne pouvait pas faire de mal. Un troisième a suivi. Et chacun a rallumé la chaudière. Demain sera un autre jour.