Le savon de Marseille
Samedi dernier j'ai acheté un vrai savon de Marseille. C'est un gros savon de couleur ocre et de forme carré comme celui avec lequel je me lavais quand j'étais enfant. C'était dans la maison de ma grand-tante. Nous nous baignions dans la buanderie après avoir passé l'après-midi à la plage. Je me souviens de la fraîcheur de cette pièce qui faisait du bien après la journée passée au soleil. A l'écart de la maison dans un coin du jardin, elle abritait aussi les réserves de cidre fermier. Il y avait deux grands bacs de ciment installés côte à côte, juste sous la fenêtre. L'un servait à laver le linge et l'autre à le rincer. Je devais utiliser un petit escabot pour grimper dedans. L'eau n'était plus très chaude car mes frères étaient passés avant moi. C'est tout l'inconvénient d'être puîné. J'attrapais le carré de savon démesuré pour mes menottes. Il qui me glissait immanquablement des mains. Cela faisait partie du jeu. En effet, quel plaisir de plonger dans l'eau blanchâtre à la recherche du savon. Je me rinçais plus que je ne me lavais. C'était un délice de passer cette eau savonneuse sur ma peau chargée de sel. C'est l'odeur si particulière de ce savon qui a fait remonter dans ma mémoire ce rituel du bain vespéral. Depuis, chaque fois que je me douche, c'est une fin d'après-midi d'été au bord de la mer.