Le cinéma commercial

Publié le par Yves LEMESLE

Pendant dix jours, la société qui me fournit les programmes de la télévision câblée m'a gracieusement donné accès aux cinq chaînes du groupe canal plus. S'agissant de la chaîne du cinéma, je pensais me régaler en passant quelques journées affalé sur mon canapé à dévorer des films. La consultation de la programmation sur le site de la chaîne me refroidit un peu. Les œuvres diffusées me paraissaient à priori peu dignes d'intérêts. Néanmoins, ne voulant pas juger sans avoir vu, je regardai quelques films choisis au hasard. Le résultat fut décevant. Les films n'étaient certes pas tous mauvais mais ils étaient uniformément commerciaux. J'entends par film commercial, un film d'abord fait pour ne pas déplaire et qui fonctionne au sentiment sans chercher à faire réfléchir. Ils sont tous bâtis à partir du même modèle. Ainsi cette histoire émouvante d'une petite fille atteinte d'un cancer, que sa famille soigne avec abnégation et qui affronte la mort avec courage et sérénité. Le spectateur verse beaucoup de larmes, s'apitoie sur le sort de cette famille heureuse et unie injustement frappée par le malheur. Qu'en reste-t’ il quelques jours plus tard ? Rien. Je ne me suis pas ennuyé mais j'ai déjà oublié le titre, le nom du metteur en scène ou celui des comédiens. Je ne me suis posé aucune question et dans quelques mois je ne me souviendrai même plus avoir vu ce film. Le lendemain j'ai vu un film iranien au cinéma : "Women without men". J'ai eu beaucoup de mal à accrocher à ce film à l'esthétisme envahissant. Mais depuis que je l'ai vu, je ne cesse de me questionner. Pourquoi telle scène à ce moment du film ? Pourquoi ces ralentis ? Pourquoi ce personnage décédé revient-il dans l'histoire tel un fantôme ? Et puis, ce film délivre un message. C'est un pamphlet contre la dictature qui est d'ailleurs dédié à toutes les personnes qui ont perdu la vie en Iran entre 1953 et 2009. D'un côté un film plutôt bien fait mais sans risque et qui ne délivre pas le moindre message ; de l'autre côté un film maladroit dans sa construction, parfois embrouillé mais qui délivre un message. D'un côté un film déjà oublié ; de l'autre un film qui continue de m'interpeller. D'un côté un film diffusé par canal plus ; de l'autre un film qui ne passera jamais à la télévision. Je n'ai pas pris d'abonnement à chaîne cryptée et j'ai conservé ma carte des cinémas "Les Studios" à Tours.

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Publié dans Journal

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