La chute du mur

Publié le par Yves LEMESLE

Nous fêtons aujourd'hui le vingtième anniversaire de la chute du mur de Berlin. Cet événement qui bouleversa la géographie européenne est célébré avec faste par la presse française. Depuis plusieurs jours, les journaux et la télévision nous rappellent que cette journée fut historique. Nous revivons ainsi l'impressionnante cohorte de Berlinois passant pour la première fois à l'ouest. Nous revoyons ces jeunes hommes s'attaquant au mur à coups de marteaux. Les images les plus émouvantes sont sans doute celles de Rostropovitch improvisant un concert de violoncelle au pied du mur deux jours plus tard. Tous ces évènements furent diffusés en direct en 1989. J'éprouve généralement un sentiment de fierté un peu futile quand j'ai la sensation d'avoir vécu un événement historique, d'autant plus qu'avec la télévision il n'est même plus nécessaire d'être sur place pour ressentir l'émotion de cet instant privilégié qui restera dans l'histoire. A l'époque j'avais vingt six ans. Je devrais donc bomber le torse et poser un regard condescendant sur la jeune génération en disant : "J'y étais !". Je devrais avoir une pensée émue pour cette pauvre jeunesse qui prend connaissance par procuration de ces évènements. Tous ces jeunes adultes qui me prennent d'ordinaire pour un vieux barbon (quarante six ans, tu te rends compte), sont bien obligés, en cette journée commémorative, de poser sur moi un regard envieu en m'interrogeant : "Tu étais où le 9 novembre 1989 ?". C'aurait pu être mon jour de gloire mais malheureusement je suis contraint d'avouer que je n'ai aucun souvenir de la chute du mur de Berlin. J'ignore où je me trouvais ce soir là. Si j'ai vu les images diffusées en direct à la télévision, je n'en ai aucun souvenir. A ma grande honte, j'ai traversé l'histoire sans m'en rendre compte.

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Publié dans Journal

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