Comme un bracelet électronique
Je sirotais une bière bien fraîche à la terrasse d’un café en compagnie d’un ami quand son téléphone portable sonna. C’était son épouse qui s’enquerrait de son retour. Il plaisantèrent quelques secondes avant de raccrocher. Un dizaine de minutes plus tard, la sonnerie du téléphone se fit à nouveau entendre. Cette fois, le dialogue fut moins affable. La femme de mon ami commençait à s'impatienter. Au troisième appel, l'injonction fut sans appel : "Tu ramènes ta fraise tout de suite". Mon compagnon de boisson fut contraint de vider sa pinte d'un seul trait afin de regagner au plus vite le domicile conjugal. Cette anecdote illustre à merveille le rapport d’aliénation dans lequel se complaisent un certain nombre de personnes. Si mon ami avait « oublié » chez lui son téléphone portable, il aurait été de-facto injoignable et aurait pu tranquillement terminer sa boisson. Mais, comme la plupart de ses semblables, il ne supporte pas l’éloignement prolongé de son portable dernière génération. Alors il ne l’oublie pas, il le sort de sa poche, il le consulte, il vérifie qu’il n’a pas de message, se demande à qui il pourrait envoyer un sms et pour finir, se fait engueuler par son épouse. Déjà curieux à l’âge adulte, ce comportement grégaire devient incompréhensible chez les adolescents. Alors qu’ils sont en pleine rébellion contre les adultes, ils trépignent jusqu’à ce que leurs parents consentent à leur offrir la paire de menottes qui les embastillera mieux qu’un tour de clé, le radar qui les localisera mieux qu’un GPS, le téléphone portable qui permettra aux parents honnis de les joindre à tout moment. J'avoue ma plus totale incompréhension.