A propos de Monsieur Eric Besson et de l'identité nationale
Je suis français car je suis né en France et que je dispose d'une carte nationale d'identité française. Je n'en suis pas fier, je n'ai rien fais pour cela et quand je vois les agissements de certains de mes compatriotes, y compris au plus haut niveau de l'état, je me dis que pour moi être français n'est qu'un hasard malencontreux. Je ne me reconnais pas dans la sauvagerie raciste de la Marseillaise ni dans le très jacobiniste drapeau tricolore qui ne représente que la monarchie et la ville de Paris. N'étant ni monarchiste, ni parisien, ni barbare, j'en conclu que je ne dois pas être très français. Je ne vois pas ce qui peut rassembler ces soixante millions de personnes sous une même identité nationale. Je me sens plus proche d'un humaniste polonais que d'un nationaliste français. Vous me direz que si l'hymne national et le drapeau ne me conviennent pas, je peux me retrouver dans la devise : "Liberté, Egalité, Fraternité". Oui cette devise est belle et pourrait servir de ciment à l'ensemble d'une population disparate si elle était appliquée. Mais comment parler de liberté quand les prisons françaises regorgent d'individus en détention préventive ? Comment parler d'égalité quand des milliers de personnes, ne disposent pas d'un logement décent ? Comment parler de fraternité quand des immigrés en transit, victimes de la traite humaine, sont arrêtés par la police pour être renvoyés dans un pays en guerre ? Oui cette devise est magnifique mais j'ai le regret de constater qu'elle n'est pas en adéquation avec le pays où je demeure. Plutôt que d'identité nationale, je préfèrerait que le ministre nous entretienne de l'identité européenne. Au milieu du siècle dernier quelques hommes courageux ont matérialisé cette formidable utopie qui réunit aujourd'hui vingt-sept peuples du vieux continent afin de les rendre plus forts, plus humains, plus généreux et plus solidaires. C'est ce rassemblement d'hommes et de femmes de tous milieux et de tous horizons que des gouvernements irresponsables cherchent à affaiblir au nom d'intérêts nationaux mesquins et démagogiques. Je le dis une fois pour toute, malgré ma carte nationale d'identité, je ne suis pas français, je n'ai pas de drapeau tricolore dans mon appartement et je n'apprendrai pas la marseillaise à mon fils. Par contre je lui ferai lire William Shakespeare, Irène Némirovsky, Nazim Hikmet, Elfreide Jelinek, Bertold Brecht, Inga Abele, Primo Levi, Marina Tsvetaïeva, Aristophane, Marie N'Diaye et biens d'autres encore.